lundi 30 juin 2014

Azurane


Une grand-mère fée dans la fleur de ses deux cents ans, à la recherche de son mari disparu ; une jeune humaine dégourdie et solitaire, attirée par un étang qu’on dit hanté par le démon : Azurane et Margot appartiennent à deux mondes qui se croisent et se redoutent sans jamais se rencontrer, mais parfois la réalité est plus étrange que la magie des Aëlyres...



Oskar , 2013, 176 pages.
Graphisme de Jean-François Saada, illustration de Asahi

Sélections


« Cette belle aventure fantastique va permettre à l’auteure d’aborder des thèmes importants tels la pollution, l’industrialisation à outrance, la dépression, et l’absence d’un être aimé dans une écriture belle et délicate et dont les personnages sont forts et attachants ».


... "En plus d'une histoire très intéressante, l'auteure a réussit a créer son propre monde et a se démarquer des autres livres jeunesse par une sensibilité et un regard sans fard sur notre société. Un livre qui allie aventures et sujets de société  de manière habile et sans tomber dans l'ennuyeux mais qui au contraire relance l'intérêt du lecteur grâce a une belle histoire et a des personnages attachants".

Des mêlées de lecture 
" Une histoire magique, écrite d’une plume délicate et envoûtante. (...) Un petit bijou dans la littérature enfantine. Seul regret j’aimerais d’autres aventures d’Azurane et de son petit fils."

Entre les pages
http://entrelespages.wordpress.com/2013/12/29/azurane/
"L'intrigue principale est un joli subterfuge entraînant enrobé d'une fine poudre magique qui reste collée sur les doigts après la lecture."

 Livres Ados
http://cdilumiere.over-blog.com/2014/01/azurane-na%C3%AFk-feillet-oskar-fantasy-2013.html

"Un joli récit doux et poétique".

Jolek, le conteur de lune



Épuisé

Naïk Feillet, Jolek le Conteur de lune, éditions du Seuil, collection Chapitre, octobre 2009, 150p. 8,50€
Illustration de couverture, Laura Csajagi.
4e de couverture...« Le lutin claqua des doigts, et la lampe s’orienta vers l’espace libéré, transformé en scène de théâtre. »

À 10 ans, Lucas se ridiculise sur scène pour le spectacle de Noël et décide de renoncer au théâtre ! En pleine nuit, il surprend alors un mystérieux visiteur : Jolek. Le Conteur de lune est venu lui présenter trois histoires merveilleuses pour le réconforter. L’inconstance d’un Farfadet, la persévérance d’une Conteuse et le courage d’une Sirène surprennent Lucas… Mais parviendront-ils à lui redonner confiance ?


À travers les talents de Jolek, Naïk Feillet nous offre un roman où s’invitent les personnages étranges et l’univers fantastique de trois contes.

Jolek est venu pour souffler un rêve agréable à l'oreille de Lucas pendant son sommeil, mais le chat, Kiwi, confond le lutin avec une souris et réussit à le capturer !

Grâce à son chat, Lucas découvre les trois histoires de Jolek, sur la scène improvisée par le Conteur...

... Le voyage de Férogan, un Farfadet géographe, éternel insatisfait!
... Noline, la Conteuse de lune, bien décidée à aider Rosa, une jeune humaine maltraitée par son père.
... Le rocher de granit rouge, témoin fidèle de l'amour interdit de Naliéga, une jeune Sirène, et de Galénod, un Ondin.


Sélecionné pour le prix littéraire 6ème, 2013-2014, CDI collège LeClos-Ferbois


http://clg-le-clos-ferbois-jargeau.tice.ac-orleans-tours.fr/eva/spip.php?article485

Prix littéraire de la la Circonscription  Sud-Saint-Baume, organisé par la médiathèque de Sanary : le palmarès
Jolek a été récompensé par de jeunes lecteurs de CM2.

Un grand merci aux élèves, bibliothécaires et  professeurs qui ont aimé mon Conteur de lune !
juin 2011

La revue "Nous voulons lire !"
"Chacune de ces nouvelles constitue une évocation subtile d'un monde un irréel, mais proche de l'enfant. Les jeunes lecteurs pourront être sensibles à leur délicatesse."
septembre 2010


La revue des livres pour enfants, ici, sur le site de La joie par les livres
"
Les enfants aiment à s'inventer des personnages imaginaires comme Jolek et l'auteur a su rendre cette atmosphère particulière dans laquelle Lucas vit à la frontière du monde réel et du monde imaginaire, frontière que l'on traverse facilement."
janvier 2010
 


 Khimaira
"Naïk Feillet fait preuve d'une grande maîtrise et écrit dans un style fluide très agréable.
Cet ouvrage rime également avec plaisir de lecture. (...)
Réservé aux plus jeunes (à partir de 10 ans), les plus âgés auraient tort de bouder ce petit chef d'œuvre plein de sincérité. A lire en famille.
"
12 avril 2010


Dans la Revue belge de la littérature de jeunesse, Libbylit de janvier-février 2010
"Lucas est désolé, il s'est lamentablement ridiculisé lors de la représentation théâtrale de son école. Enfermé dans sa chambre, il cuve son dépit quand son chat lui ramène une drôle de souris. Un farfadet minuscule nommé Jolek qui va passer la nuit à lui raconter des histoires plus merveilleuses les unes que les autres. Sera-ce suffisant pour lui redonner confiance?
Voici une bien mignonne petite histoire. En plus, on en a trois pour le prix d'une et une jolie réflexion sur la confiance en soi."


Sur le blog Enfantipages
... "Naïk Feillet fait se joindre d'une plume sûre le monde des humains et celui des créatures imaginaires. Une plongée pleine de délicatesse et de tendresse dans l'univers du rêve qui vient si souvent aider les enfants à vivre et à sourire. A lire dès 11 ans.
A.L."
25 janvier 2010

L'Hebdo des Notes
Extrait
... "Cette lecture se pare de vertus pédagogiques: le chemin du conte et l'univers fantastique de ses héros permet à l'auteur de distraire tout en faisant référence aux valeurs humanistes"

22 décembre 2009

Les chroniques de l'imaginaire
..
. "Cette jolie histoire, à destination des enfants à partir de dix ans, a pour personnage principal un petit garçon du même âge. Cette similitude, ainsi que la justesse de ton employée par l'auteur, facilite l'identification par les enfants.
La forme est originale : trois contes insérés dans la trame principale de l'histoire font plonger le lecteur dans un univers merveilleux peuplé de lutins, de farfadets et de sirènes. Chacun des trois contes comporte une morale bien intégrée à l'histoire, qui encourage la persévérance pour vaincre les complexes et tracas quotidiens des petits et des grands. Le message est intéressant : on peut retrouver confiance en soi grâce au pouvoir des histoires et de l'imagination."
23 novembre 2009

Les Histoires sans fin
... "Jolek le conteur de lune contient donc quatre histoires ! Merveilleuses, enchanteresses et sources de réflexions, ces étonnantes intrigues sont pleine de magie et de suspense. Délectez-vous-en le soir, bien au chaud dans votre lit. Puis... laissez la magie agir dans vos rêves !"
10 novembre 2009

Sur le blog Otium
... "Subtils, ces récits se lisent avec plaisir, grâce à une écriture dynamique.
Bilan : des histoires bien écrites qui créent des univers développés et encouragent les interprétations. "

9 novembre 2009

Sophie Lenoir, du magazine
Interlignage a consacré un article à Jolek.
Extrait :
"Dans ses trois contes originaux, elle parle de quête de soi, d’audace et de tolérance. En abordant des sujets parfois sombres, mais toujours dans le but de nous éclairer. On sourit, on rit parfois, et on referme ce petit livre en espérant que cette nuit, c’est à nous que Jolek rendra visite, pour que ses histoires nourrissent nos rêves un peu trop plats. La créatrice du conteur de lune a décidément une plume que doit lui envier l’ami Pierrot…"
8 novembre 2009

Grâce à BoB, Jolek va maintenant rendre visite à Biblio, Herisson08, Heureuse, Stéphie et Yv.
8 novembre 2009

Les enfants des éléments

Les enfants des Eléments et le Cristal des Mages
Editions Odin, décembre 2006


Le matin de son départ en colonie de vacances dans un manoir breton, Poséia se réveille en sursaut après un rêve étrange : un homme et une femme lui apprennent qu'elle est la fille de l'Eau et qu'elle doit retrouver les autres enfants des Éléments pour accomplir une mission dans le monde des Mages. Parmi les pensionnaires du manoir d'Arlenn, Poséia parvient à  reconnaître, Ghéa, la fille de la Terre, Léo, le fils de l'Air et Tan, le fils du Feu.
Dans le monde des Mages, les quatre adolescents rencontrent Luxis et Gred, les Gardiens de la Porte que Poséia a vus en rêve. Ils leur confient la mission de trouver un cristal qui contient toutes les magies. Les enfants des Eléments doivent protéger cette pierre mythique et découvrir quel sombre personnage veut s'en emparer. Mais ils sont confrontés à un monde inconnu, peuplé de créatures étranges... 

Les enfants des Eléments et la disparition d'Herbiane
Editions Odin, novembre 2007

Poséia, Ghéa, Léo et Tan, les enfants des Éléments, ne pensaient pas revenir aussi vite dans le monde des Mages, mais la fée Herbiane, l’herboriste la plus douée de la péninsule du Ponant, a été enlevée… Confrontés à d’étranges fauves-hurleurs et à des grawacs, des guerriers redoutables, les enfants des Éléments découvrent que leur vieil ennemi Magle est le seul à pouvoir les aider à retrouver la fée. Qui a effacé le souvenir du livre de mémoire ? Quels secrets cachent la dague de Drinan et la curieuse filésia ? Les enfants des Éléments n’ont que quelques jours pour percer ces mystères et retrouver Herbiane…
Graphisme et illustrations : Mette Morskogen


Quelques avis

" Une histoire pleine de suspens qui tient le lecteur en haleine jusqu’au bout et le plonge dans un univers onirique où chaque instant devient merveilleux. "
Marion Loudiyi, Centre Presse, 27 février 2007

"Un livre que les ados vont adorer, dès 10 ans, tout comme les adultes", Centre Presse, 10 décembre 2007


" Dans ce livre à l’écriture ciselé et au style pétillant offert à toutes les générations on se laisse prendre au jeu en naviguant au fil des 373 pages dans un monde étrange à mi-chemin entre rêve et réalité où le fantastique le dispute au merveilleux décrit avec finesse par une jeune romancière au vrai talent "Yvon Vergnol, Sud Ouest, 6 août 2007
 

"Le lecteur est pris par la magie des récits parfaitement montés et fort bien écrits. Des livres de jeunesse pour lecteurs de tous âges. Et vivement la suite !"Yannick Pelletier, Ouest France, 4 février 2008

Commentaire de Mélanie sur le Cristal des Mages, laissé sur  mon ancien blog :
« Bonjour , j'ai 15 ans et j'ai adoré votre livre , je n'ai lu que le 1er tome et j'ai hâte de lire le second. Certes l'intrigue est assez banal, mais l'écriture est géniale, les descriptions m'on rapidemment mis dans l'histoire et la fin est superbe. J'ai particulièrement aimé le passage de la lettre de Morvan et celle de Poséia :D »

Charles Dickens, Un conte de Noël

(Publié le 24 Décembre 2009)
Charles Dickens, Le drôle de Noël de Scrooge, édition originale, 1843, Le livre de poche, septembre 2009.
Présentation de l'éditeur
Le soir de Noël, un vieil homme égoïste et solitaire choisit de passer la soirée seul. Mais les esprits de Noël en ont décidé autrement. L'entraînant tour à tour dans son passé, son présent et son futur, les trois spectres lui montrent ce que sera son avenir s'il persiste à ignorer que le bonheur existe, même dans le quotidien le plus ordinaire.
Souvent adaptée, cette histoire est sans doute l'une des plus connues de Charles Dickens. Bien sûr, il faut l'aborder comme un conte, sans oublier le contexte dans lequel l'auteur l'a écrite. Mais le ton,  l'humour et le style de Dickens la rendent encore très accessible aujourd'hui.

Même en connaissant l'histoire, la magie opère toujours grâce à une construction très bien équilibrée. La narration invite habilement le lecteur à suivre le personnage de Scrooge que l'on apprend à mieux comprendre au fil de ses voyages avec les esprits de Noël. J'ai particulièrement aimé les descriptions des spectres, et tous ces petits détails dans les décors ou les vêtements. Je ne regrette pas d'avoir relu ce grand classique dans la langue de Dickens, une façon très agréable de redecouvrir ce conte dans toute sa poésie.


Jane Austen, Raison et sentiments

(Publié le 5 Décembre 2009)
Jane Austen, Raison et sentiments, 10/18, 382p.

Présentation de l'éditeur
Raison et sentiments sont joués par deux soeurs, Elinor et Marianne Dashwood. Elinor représente la raison, Marianne le sentiment. La raison a raison de l'imprudence du sentiment, que la trahison du beau et lâche Willoughby, dernier séducteur du XVIIIè siècle, rendra raisonnable à la fin. Mais que Marianne est belle quand elle tombe dans les collines, un jour de pluie et de vent.

J'étais contente de retrouver l'univers de Jane Austen, même si je connaissais déjà l'histoire de ce roman. J'avais aimé l'adaptation d'Ang Lee et les très belles interprétations d'Emma Thompson, dans le rôle d'Elinor, et de Kate Winslet, dans celui de Marianne.
J'ai apprécié à nouveau le talent de Jane Austen pour restituer les ambiances de la sphère féminine, les sous-entendus, les regards, les attitudes, tous ces petits détails qui forgent les amitiés et les inimitiés sous le vernis de la bienséance. Jane Austen sait décrire les rêves et les aspirations confrontés aux contraintes sociales, en particulier au mariage, si déterminant dans le destin des femmes de cette époque et de ce milieu. En donnant quelques traits caractéristiques, elle nous permet de comprendre facilement ses personnages. Cet aspect m'a beaucoup plus intéressée que le côté sentimental, très développé et bien traité dans ce roman, mais qui me touche moins.
L'opposition entre Marianne et Elinor tient toute l'intrigue, sur la dualité profonde  entre la raison et les sentiments, bien sûr. Passionnée, rêvant d'amour idéal, Marianne refuse de céder aux convenances, tandis qu'Elinor, réservée, dévouée, en reste prisonnière. Les deux sont attachantes, même si je suis plus sensible au personnage d'Elinor, plus nuancé et subtil.
Marianne "Il lui était impossible de dire le contraire de ce qu'elle pensait, même dans les occasions les plus banales; et c'est en conséquence, sur Elinor que retombait la tâche de mentir lorsque la politesse l'exigeait".
Les personnages secondaires sont tout aussi intéressants, en particulier Fanny, calculatrice et sournoise, et Lucy, qui apparaît assez naïve au début du roman pour se révéler ensuite beaucoup moins lisse. La description des réactions d'Elinor, lorsque Lucy lui annonce ses fiançailles avec Edward, est réellement émouvante. Ce passage reste l'un de mes préférés du roman.
Elinor "était plus forte seule, et son bon sens la soutenait si bien que sa maîtrise d'elle-même était sûre, son apparence de gaité aussi invariable qu'il était possible de l'imaginer sous l'empire de regrets  aussi poignants et aussi récents".

Je connais encore trop peu l'oeuvre de Jane Austen et l'histoire de la société anglaise du début du XIXe siècle pour apprécier toute la richesse et la subtilité du roman.
En revanche, en lisant le livre après avoir vu le film, j'avais en tête les décors et le jeu des acteurs. Je peux maintenant confirmer ce que je supposais : l'adaptation d'Ang Lee, fidèle au texte et à l'esprit du roman est vraiment très réussie !

L'avis de Yue, celui d'Isil,

Luis Sepulveda, Le vieux qui lisait des romans d'amour

(Publié le 27 Novembre 2009)
Luis Sepúlveda, Le vieux qui lisait des romans d’amour, éditions Métailié 1992 et Point Seuil 1995.
Présentation de l'éditeur

Antonio José Bolivar Proaño est le seul à pouvoir chasser le félin tueur d’hommes. Il connaît la forêt amazonienne, il respecte les animaux qui la peuplent, il a vécu avec les Indiens Shuars et il accepte le duel avec le fauve.

J'ai lu cette courte histoire avec beaucoup de plaisir. Luis Sepulveda donne finalement assez peu de détails sur Antonio mais on s’attache rapidement à lui; son rapport aux livres le rend particulièrement touchant pour les lecteurs.
« Il lisait lentement en épelant les syllabes, les murmurant à mi-voix comme s’il les dégustait, et, quand il avait maîtrisé le mot entier, il le répétait d’un trait. Puis il faisait la même chose avec la phrase complète, et c’est ainsi qu’il s’appropriait les sentiments et les idées que contenaient les pages. »
Les autres portraits sont également brefs mais suffisants pour que l’on puisse cerner les personnages. Malgré tout, ce roman m'a semblé un peu court ; je serais volontiers restée plus longtemps dans l’ambiance de cette forêt et avec ces personnages dont j’aurais aimé découvrir davantage la vie quotidienne.
Je n'avais pas l'intention de faire une lecture comparée, mais l'hommage de Sepulveda à Francisco Coloane est évident. L’influence de Coloane est perceptible, autant sur la forme de récit, entre réalisme et fable, que sur les thèmes abordés : l’homme et la nature, la mise en parallèle de deux cultures (ici, les indiens Shuars).
Chez Sepulveda, cette forme engagée est très efficace, et je garde l'impression d'une forme de légèreté.
Plus cynique, et dans une écriture plus poétique, à mon avis, Coloane malmène davantage ses personnages, les plongeant dans des ambiances plus sombres, où la folie reste une menace omniprésente.

Je conseillerais à ses lecteurs de découvrir Coloane ! 

L'avis de Kalistina... qui a retenu la même citation. Sur son blog, vous trouverez des liens vers d'autres billets.

Paul Féval, La fée des grèves

(Publié le 9 Octobre 2009)

Paul Féval, La fée des grèves, Hachette, 1952, 251p. 
Edition originale, 1850.

Ce titre a attiré mon attention, car il appartient aux récits bretons de Féval. Il n'a pas été réédité récemment, mais on peut le trouver en bibliothèque ou chez un bouquiniste.

En 1450, le duc François de Bretagne se rend en pèlerinage au Mont-Saint-Michel après la mort de son frère M. Gilles. Mais Hue de Maurever, l'écuyer de Gilles, accuse le duc de fratricide. Pourchassé par les hommes du duc, Hue se réfugie à Tombelaine et trouve l'appui de sa fille Reine et d'Aubry de Kergariou.


Sur un rythme enlevé, ce livre nous plonge dans la Bretagne du XVème siècle... dans l'esprit romanesque des romans du XIXème siècle ! On y retrouve des intrigues politiques, des combats, et des histoires d'amour, bien sûr !  On y découvre également des personnages passionnés, de courageux chevaliers et de traîtres sans scrupule, sans oublier une note comique, apportée par le frère Bruno, un grand bavard qui connaît nombre d'histoires ! Mais les personnages féminins, Reine de Maurever et Simonette ne sont ni effacés ni trop mièvres,  ce qui est appréciable.
L'originalité de ce livre est de mêler le roman, l'histoire et les légendes bretonnes. Féval adopte un ton de conteur et  insère dans son récit une soirée de veillée; naturellement, l'un de ses personnages raconte  la légende de la fée des grèves qui hante la baie du Mont-Saint-Michel. Ces petits récits ajoutent une touche de mystère qui me plaît beaucoup. "La grève, comme un magique miroir, trahit alors les secrets d'un monde qui n'est pas le monde des hommes." 
Paul Féval offre de très belles descriptions de la baie du Mont-Saint-Michel, poétiques et imagées, mais qui ne ralentissent jamais le rythme du récit. Celle de la traversée de la baie dans la brume, de Tombelaine à l'abbaye, est particulièrement réussie.

Très bon feuilletoniste, doué d'une grande aisance d'écriture, Paul  Féval s'adresse parfois directement au lecteur. Il a également le bon goût de ne pas se prendre au sérieux, ce qui rend la lecture encore plus agréable. Enfin, on comprend bien tout son attachement à la Bretagne ; et même quand il se moque un peu du caractère breton, il le fait toujours avec tendresse.
Mais pour régler la question géographique, je cite le dicton que Féval rappelle :
"Li Couësnon a fait folie:
Si est le mont en Normandie..."
(Le Couesnon est une rivière dont le cours s'est déplacé au fil des siècles.)

Pour l'anecdote...
"On dit que parfois, quand le vent du nord-ouest laboure profondément les eaux de la baie, on dit que l'oeil du matelot découvre d'étranges mystères entres les deux monts et les îles Chaussey. Ce sont des villages entiers, ensevelis sous les flots, des villages avec leurs chaumières et le clocher de leur église. Des villages dont les noms sont: Bourgneuf, Tommen, Saint-Etienne-en-Paluel, Saint-Louis, Mauny, Epinac, La Feillette, et d'autres encore. Dans les villages noyés dont les cadavres pâles gisent dans les sables avec les débris des naufrages et les grands troncs de la forêt de Scissy. L'océan a mis des siècles dans sa lutte sans pardon contre la pauvre terre de Bretagne. L'océan, vainqueur, dort maintenant sur le champ de bataille."

Féval précise qu'il existe des sources de l'existence de ces villages, et l'un d'eux m'a fait sourire. Mon nom ne vient pas de ce bourg englouti, ma famille paternelle est originaire de la région de Saint-Brieuc.

Théophile Gautier, Mademoiselle de Maupin

(Publié le 15 Juillet 2009)
Théophile Gautier, Mademoiselle de Maupin, 1ère édition 1835, Folio, 440p.
Madeleine de Maupin, travestie en homme par curiosité, séduit D'Albert, jeune romantique, et sa maîtresse Rosette.
Je ne détaillerai pas l'importance de ce roman, et plus particulièrement de sa préface, dans l'histoire littéraire... un trop vaste sujet !
Sur la forme...  c'est Théophile Gautier ! Ce roman se lit comme de la poésie ; on le savoure, on prend le temps de se délecter de la beauté du style, des descriptions, des images. A moins de ne jurer que par les styles épurés, il est difficile de rester insensible au talent de Gautier pour décrire un lieu ou une ambiance, restituer une émotion. Or, les sentiments sont l'essence même de ce roman, à la construction originale, puisque des scènes dialoguées sont intégrées à la forme épistolaire. Les points de vue croisés des trois personnages révèlent au lecteur le jeu des apparences et des non-dits.

Dans la première partie, Gautier livre les lettres de D'albert.
On découvre un jeune homme oisif, épris d'amour idéal et influencé par la représentation de la beauté dans l'art. Personnage égocentrique (et même exaspérant d'un point de vue féminin !), il découvre les jeux de séduction et a conscience de ses excès: 
"Je m'écoute trop vivre et penser (...) le bruit de l'action ferait envoler cet essaim de pensées oisives qui voltigent dans ma tête et m'étourdissent du bourdonnement de leurs ailes; au lieu de poursuivre des fantômes, je me colletterais avec des réalités; je ne demanderais aux femmes que ce qu'elles peuvent donner: - du plaisir - et je ne chercherais pas à embrasser je ne sais quelle fantastique idéalité parée de nuageuses perfections". Et Rosette lui en fait le reproche: "Vous vous êtes trompé vous-même. Vous avez pris un goût pour de l'amour, et du désir pour de la passion, la chose arrive tous les jours." (N'est-ce pas... ?) Quand D'Albert rencontre Madeleine/Théodore, sa vision de l'amour est bouleversée, car il trouve la perfection en "lui" qu'il devine "Elle".
Madeleine, enfermée dans les convenances de son époque, désire connaître la réalité qui lui est cachée. Sur les hommes, elle écrit : "Leur existence réelle nous est aussi parfaitement inconnue que s'ils étaient des habitants de Saturne ou de quelques planètes à cent millions de lieues de notre boule sublunaire: on dirait qu'ils sont d'une autre espèce, et il n'y a pas le moindre lien intellectuel entre les deux sexes ; les vertus de l'un font les vices de l'autre, et ce qui nous fait admirer l'homme nous fait honnir la femme."
Les réflexions sur l'éducation des femmes m'ont beaucoup intéressée. Madeleine est intelligente, curieuse, spirituelle. Elle a également une vision idéale de l'amour, fusionnelle, dirions-nous aujourd'hui. Pourtant, à la fois fascinée et déçue par son expérience, elle reste profondément troublée: "En vérité, ni l'un ni l'autre de ces deux sexes n'est le mien; je n'ai ni la soumission imbécile, ni la timidité, ni la petitesse des femmes; je n'ai pas les vices des hommes, leur dégoûtante crapule et leurs penchants brutaux : je suis d'un troisième sexe à part qui n'a pas encore de nom; au-dessus ou au-dessous, plus défectueux ou supérieur; j'ai le corps et l'âme d'une femme, l'esprit et la force d'un homme, et j'ai trop ou pas assez de l'un et de l'autre pour me pouvoir accoupler avec l'un d'eux."

Madeleine séduite par D'Albert et Rosette, rompt le trio amoureux, et Gautier laisse l'évolution de ses personnages en suspens.
Lyrique, romantique, l'histoire même de ce trio amoureux est toute symbolique.

Pourtant, j'ai été surprise en réalisant que le propos de Gautier restait pertinent aujourd'hui. Les réflexions sur le désir, l'amour, les codes et l'identité ne sont pas si désuètes ;  la quête d'idéal est largement entretenue par toutes les formes d'art et nous influence toujours.

Théophile Gautier, Récits fantastiques

(Publié le 15 Juillet 2009)
Théophile Gautier, Récits fantastiques, 1831-1856.

Plusieurs éditions de poche réunissent les nouvelles fantastiques de Théophile Gautier, notamment Gallimard et Flammarion pour les plus volumineuses.

Après Mademoiselle de Maupin, j'avais envie de rester dans le rythme poétique de Gautier et j'ai relu quelques nouvelles fantastiques, avec beaucoup de plaisir. Chez Gautier, le fantastique est fait d'onirisme dans des ambiances antiques ou gothiques. Les personnages se perdent dans la confusion du rêve, de l'illusion. Ils se coupent de la réalité, mais le retour brutal à la vie quotidienne peut les conduire à la mort ou à la folie. Les chutes sont souvent ironiques et cruelles, notamment quand les personnages sont victimes de la jalousie d'un être démoniaque, comme dans "Onuphrius" et "Deux acteurs pour un rôle".
Gautier traduit avec beaucoup de talent le passage subtil du doute au fantastique ; confrontés à "l'extraordinaire", ses personnages sont fascinés, captivés, car l'élément irréel prend souvent la forme d'une femme.
"La morte amoureuse", l'histoire d'un religieux séduit par une femme vampire, en est l'exemple le plus connu.  On retrouve le thème de la séduction exercée par l'image d'une femme imaginaire ou surgissant du passé dans d'autres contes: "Le pied de la momie", "La cafetière" ou encore "Arria Marcella, où Gautier offre de très belles descriptions de Pompéi. Dans ces nouvelles, la fascination transcende la peur, et les personnages se laissent porter vers leurs rêves.
Si le fantastique n'est pas incarné par une femme, l'amour reste un élément déterminant dans l'acceptation, la résignation.
Dans "Avatar", Octave de Sarville s'éprend de  la comtesse Labinska qui vit un amour parfait avec Olaf, son époux.  Profondément malheureux, il accepte sans hésiter l'expérience proposée par le docteur Charbonneau, adepte des pratiques brahmaniques, et plus mage que médecin. On retrouve ici le monde de l'illusion, les influences orientalistes et un élément surnaturel non ambigu.
Dans "Jettatura", Paul D'Aspremont séjourne à Naples où il retrouve miss Ward qu'il espère épouser. Mais la population, superstitieuse, le croit "jettatore", capable de porter malheur, à cause de son physique particulier et de son regard étrange.
Comme Paul croise son rival : "Les fibrilles jaunes se tortillaient sous la transparence grise de ses prunelles comme des serpents d'eau dans le fond d'une source".
Influencé par ces croyances, Paul finit par douter: "L'esprit humain, même le plus éclairé, garde toujours un coin sombre, où s'accroupissent les hideuses chimères de la crédulité, où s'accrochent les chauves-souris de la superstition. La vie ordinaire elle-même est si pleine de problèmes insolubles, que l'impossible y devient probable. On peut croire ou nier tout: à un certain point de vue le rêve existe autant que la réalité."
Et c'est bien cet aspect qui semble au coeur du fantastique de Gautier: l'incapacité à différencier le rêve de la réalité.

Romain Gary, L'angoisse du roi Salomon

(Publié le 8 Juillet 2009)
Romain Gary/ Emile Ajar, L'angoisse du roi Salomon, Mercure de France, 1979, folio, 1987, 350p.
Jean, chauffeur de taxi, fait la connaissance de Salomon, ancien roi du prêt-à-porter, qui l'engage dans son entreprise d'aide aux "oubliés. Jean rencontre alors mademoiselle Cora et devine peu à peu la raison de l'angoisse du roi Salomon.

Dans ce roman, l'humour, qualifié d'arme d'auto-défense, est omniprésent, et grâce à cette arme, Romain Gary aborde les thèmes qui le préoccupent: la vieillesse, la mort, l'amour, la solitude.
L'histoire de Monsieur Salomon et de Mademoiselle Cora est terrible; séparés par la guerre, les deux amoureux sont fâchés depuis près de quarante ans. Pourtant, leur entêtement, leur attitude parfois puérile, conduit à des situations à la fois drôles et touchantes. Tous deux acceptent leur âge, par obligation... mais ne se résignent pas à correspondre aux clichés qui s'y rattachent. Jean les observe et devient leur médiateur.
Comme dans La vie devant soi, Romain Gary choisit un narrateur particulier, très attachant, qui est confronté au décalage entre sa personnalité et l'image que son physique inspire, ici, celle d'un truand sorti d'un film des années cinquante. Marginal, Jean est touché par la démarche de M. Salomon qui vient en aide aux "oubliés", les personnes seules, les exclus, ceux qui n'intéressent plus personne. Jean les imagine même comme une espèce menacée, des goélands englués dans une marée noire ou des bébés phoques.
Le livre est ancré dans son époque, avec des références au passé, notamment à la Seconde guerre mondiale, par l'histoire de Salomon et de Cora, et par les réflexions de l'exécrable Tapu, ancien collabo.
Cependant, beaucoup de problèmes soulevés par Gary sont encore actuels : l'exclusion, l'écologie, le "prêt à porter" appliqué à la pensée, la spiritualité et la difficulté de croire dans le monde contemporain.
Gary pose ces thèmes dès les premières pages du livre, quand l'un des employés de M. Salomon reçoit Jean et lui explique: "Autrefois, on pouvait s'ignorer. On pouvait garder ses illusions. Aujourd'hui, grâce aux médias, au transistor, à la télévision surtout, le monde est devenu excessivement visible. La plus grande révolution des temps modernes c'est cette soudaine et aveuglante visibilité du monde. Nous en avons appris plus long sur nous-même, au cours des dernières trente années qu'au cours des millénaires, et c'est traumatisant. Quand on a fini de se répéter, mais ce n'est pas moi, ce sont les Nazis, ce sont les Cambodgiens, ce sont les... je ne sais pas moi, on finit tout de même par comprendre que c'est de nous qu'il s'agit. De nous-même, toujours, partout. D'où culpabilité (...) Ce que je crains, c'est un processus de désensibilisation, pour dépasser la sensibilité par l'endurcissement, ou en la tuant par le dépassement, comme les Brigades rouges. Le fascisme a toujours été une entreprise de désensibilisation."

Or, Jean est un personnage qui éprouve de la compassion et un amour qui s'étend sur toutes les personnes qu'il croise car il ne peut le donner à une seule.

"Quand on aime comme on respire, ils prennent tous ça pour une maladie respiratoire." pense-t-il.
Il souffre d'une trop grande sensibilité au point de vouloir s'en débarrasser, ou à défaut, de fixer les sentiments dans les définitions du dictionnaire. Il développe une obsession pour les définitions exactes, afin de se les approprier et de les traduire dans son propre langage. Le stoïcisme analysé par Jean: "C'est quand on a tellement peur de tout perdre , qu'on perd tout exprès pour ne plus avoir peur. C'est ce qu'on appelle l'angoisse, mademoiselle Cora, plus connu comme pétoche". Il pose un regard naïf sur le monde, se révolte contre l'absurdité, les conventions, la bêtise, l'oubli. Ses  réflexions prêtent à sourire et à s'interroger. Pourtant, Jean reste lucide et comprend bien que cet intérêt pour les autres masque son propre malaise. Il crée des liens de dépendance, qu'il sait destructeur, mais ne sait plus comment les rompre.
Si la référence à La vie devant soi est directe, puisque Gary cite le film, celle à La Promesse de l'aube est plus subtile. Jean dit à mademoiselle Cora que l'amour est ce qui manque à tous "C'est même pour ça que les mères donnent tant de tendresse à leurs enfants, pour que plus tard ils aient de bons souvenirs."
Et pour Jean et Salomon, la réponse à l'angoisse, c'est l'amour d'une femme, naturellement !
Moins bouleversant que La vie devant soi, sans doute parce qu'il est question d'adultes et que le roman laisse le lecteur sur un note optimiste, ce roman de Gary/Ajar reste à découvrir !

C'est en lisant l'avis d'Isil, qui a reçu ce roman par une chaîne du livre, que j'ai réalisé que que ce roman était toujours dans ma PAL.

Romain Gary, L'orage

(Publié le 8 Juillet 2009)
Romain Gary, L'orage, éditions de L'Herne, 2005. Le livre de poche, 2009, 158p.
Présentation de l'éditeur

Ce recueil réunit des nouvelles écrites par Romain Gary entre 1935 et 1967, depuis lors introuvables car éparpillées dans diverses revues aujourd'hui disparues : " L'Orage " (1935), " Une petite femme " (1935), " Géographie humaine " (1943), " Sergent Gnama " (1946), " Dix ans après ou la plus vieille histoire du monde " (1967), ainsi que " Le Grec " et " A bout de souffle " (1970) restées à ce jour inédites. Ces textes contiennent déjà en germe l'obsession de Romain Gary pour les thèmes du dédoublement, de la fuite et du suicide, qui poursuivront l'écrivain jusqu'à la fin de sa vie.



L'orage réunit des nouvelles et deux débuts de romans, traduits de l'anglais, deux textes riches mais inachevés, hélas. C'est assez difficile de parler  de nouvelles si variées, écrites sur une longue période. Je pense que ce recueil posthume est surtout intéressant dans une approche générale de l'oeuvre de Gary. J'ai lu une dizaine de ses romans, mais je n'entrerai pas un débat Gary/Ajar (j'apprécie les deux) et je reprendrai sans doute ce livre lorsque j'en aurai lu davantage.
Ici, on retrouve à la fois le style de Gary et celui de Gary/Ajar. Dans quatre textes, Gary évoque la guerre et son passé dans l'aviation. Il s'agit de courtes nouvelles, sombres, d'une écriture sobre et pudique, qui prennent la forme d'un hommage à ses compagnons disparus.
"A bout de souffle", début de roman,  est le texte le plus troublant du recueil. A la première personne, dans un style à la fois drôle et grinçant, Gary raconte les dernières heures d'un homme qui a décidé de mourir. Ce texte peut  être lu comme une nouvelle ; Gary donne suffisamment de détails sur le personnage principal et la fin peut s'assimiler à une chute.
En revanche, "Le Grec", dont l'action se déroule sous la dictature des Colonels, est un véritable début de roman qui se termine de façon brutale, et  il est regrettable que Gary l'ait abandonné.
Les thèmes de l'amour et de la mort sont très présents dans ce recueil et on retrouve des interrogations communes à d'autres personnages de Gary:
"Il est tout à fait possible que l'homme soit un concept romantique et poétique, une création artistique qui ne supporte pas d'être confronté à la réalité". (A bout de souffle)
"Toutes les fois qu'un imbécile lui demandait "Tu fais quoi dans la vie, le môme?", il savait qu'il était temps de déguerpir, et sans traîner. C'est une drôle de question, d'ailleurs, tu fais quoi dans la vie? Vous l'a-t-on déjà posée? C'est une question qui vous donne la réelle impression que le seul fait de vivre ne suffit pas; elle met la vie en minorité si l'on peut dire, elle la relègue au deuxième rang, comme si ce n'était pas assez d'être vivant, comme s'il fallait encore payer un tribut." (Le Grec)
A découvrir par curiosité, pour les lecteurs qui ont déjà lu Gary.

Pouchkine, La fille du capitaine

(Publié le 29 Juin 2009)
Alexandre Pouchkine, La fille du capitaine, Folio classique, 2005, 258p ; Editions originale, 1836.
Présentation de l'éditeur
Nous sommes en 1773: en route pour un fortin perdu au milieu de la steppe, où il doit faire ses premières armes d'officier, Piotr Griniov voit surgir de la tempête de neige un vagabond dans lequel il reconnaîtra bientôt l'usurpateur Pougatchov. Les aventures alors s'enchaînent. Dans ce premier roman qui est l'un de ses derniers chefs-d'œuvre, et qui ouvre l'âge d'or de la prose russe du XIXe siècle, Pouchkine a réussi à camper, à travers un roman d'amour à l'ancienne mode, un tableau plein de saveur de la société russe de la fin du XVIIIe siècle, et surtout à mettre en scène une relation paradoxale, mais symbolique, entre un représentant de l'élite européanisée de la nouvelle Russie et un homme du peuple incarnant l'élément national turbulent dont il est, bon gré mal gré, l'héritier.

Je continue à découvrir les grands classiques de la littérature russe avec l'un de ses plus illustres représentants. J'ai d'abord été surprise par la narration, le rythme enlevé et le style agréable, sobre, même si j'ai eu quelques difficultés à me familiariser avec certains noms et mots russes. Ce roman m'aurait sans aucun doute bien plus marquée si je l'avais lu à l'adolescence, mais je me suis tout de même laissée emporter par cette lecture.

Complots, trahisons et amours, ce récit  d'aventure réunit tous les éléments qui rendent la lecture prenante. Pourtant, un seul personnage a rapidement capté tout mon intérêt: Pougatchev, "l'usurpateur" qui mène la révolte des Yaik et prétend renverser le Tsar. Pouchkine le décrit comme un homme charismatique. Il se place à une distance qui permet de percevoir la complexité du personnage tout en préservant une part de mystère. Face au cosaque, Griniev, le narrateur, paraît d'abord bien fade. Jeune oisif, insouciant, il se révèle cependant au long du roman, grâce à son expérience militaire, mais aussi et surtout, grâce à sa rencontre avec Marie, la fille du capitaine.
Pougatchev a de la sympathie pour Griniev. Malgré l'opposition politique, le narrateur  semble fasciné par le cosaque ; il le désapprouve, mais on perçoit un sentiment de crainte et de respect. L'ambiguïté de leur relation est l'intérêt principal du roman, comme le souligne la présentation de l'éditeur.

Dans Les enchanteurs, Romain Gary dresse un portrait plus sombre de Pougatchev et des massacres commis par ses troupes, même si dans les deux romans, les narrateurs attirent la clémence du cosaque. Gary porte un autre regard sur cette période de l'histoire russe ; il serait sans doute intéressant de détailler ces représentations. Romain Gary évoque également Pouchkine dans ce roman  et dans le texte "A bout de souffle", extrait du recueil L'orage.

Francisco Coloane, Tierra del fuego

(Publié le 12 Juin 2009)
Francisco Coloane, Tierra del Fuego, Phébus, 1994 et Libretto, 2005, 181p. Editions originale, 1963.
Traduction de François Gaudry. Préface de Luis Sepulveda.
Présentation de l'éditeur
Publié au Chili en 1963, Tierra del Fuego se distingue d'un simple recueil de nouvelles à la fois par l'unité du style, par celle des paysages, désolés ou grandioses, qui lui servent de cadre, et par les thèmes récurrents qui le traversent : histoires de folie et de mort dont le héros innommé est ce Grand Sud qui aimanta de tout temps les rêves de l'imaginaire sud-américain. Les personnages qui hantent ce bout du monde sont tous plus ou moins des exilés : gauchos condamnés à peupler de mauvais rêves leur solitude, marins attachés au service de rafiots hors d'usage, insurgés en fuite, contrebandiers, chasseurs de phoques, parias de toutes les nations… sans oublier les Alakaluf et les Yaghan qui furent les premiers habitants de ces terres promises à toutes les désolations, et que le « progrès » a chassés de leur propre Histoire. Les récits qui s'enchaînent et se répondent sont forts comme un alcool frelaté, tragiques comme la vie qui n'a pour se défendre que le renoncement, l'ivresse ou le mal. Aucun « effet » dans ces comptes rendus cruels qui ne se paient pas de mots, tournent résolument le dos aux prestiges du baroque, et dont la simple brutalité vous happe et ne vous lâche plus. On comprend qu'Alvaro Mutis n'hésite pas à voir en Coloane un nouveau Jack London.

Tierra del Fuego reste dans le même esprit que Cap Horn, et je suis à nouveau tombée sous le charme de ces nouvelles.
Dans ce recueil, entre récits, nouvelles et contes, Coloane met autant de soin à transcrire la beauté des paysages que la psychologie de ses personnages. Comme dans Cap Horn, il nous montre une Nature et une nature humaine profondément liées.  La Terre de Feu, lieu cosmopolite, induit ses propres règles et favorise  l'émergence des instincts les plus sombres, l'avidité, l'égoïsme, la violence. Coloane décrit très bien les hésitations et les mécanismes de passage à l'acte. Bien sûr, un sentiment de solitude, thème récurrent, conduit à des comportements étranges, comme celui de ce marin qui porte une affection soudaine et excessive à un agneau, dans "Cap sur Puerto Eden". Dans cette nouvelle, un ancien capitaine de baleinier perd son emploi et sa foi en les hommes. "En bon chasseur de baleine, habitué à affronter le monstre marin, il avait la conviction que si l'homme était parvenu à dominer la nature, il resterait encore longtemps l'esclave de sa propre nature."

Dans ce lien de dépendance entre l'homme et son milieu,  Coloane souligne aussi les réactions différentes des occidentaux et des indiens, ce qui le conduit, bien sûr, à confronter les modes de vie et les notions de respect ou d'asservissement. Pourtant, sa vision de l'homme n'est pas fataliste,  désenchantée ; il montre surtout la complexité des individus.
Dans les récits les plus réalistes, Coloane entretient l'esprit des légendes et des mystères, créant des ambiances troublantes ou glaçantes, même s'il introduit ironie et humour. Dans "Cinq marins et un cercueil vert" (ou l'histoire d'un mort oublié sur un quai sous la neige...)  il évoque une "vieille superstition des marins selon laquelle les défunts confiés à l'océan reviennent toujours hanter les lieux où ils ont vécu et se venger de ceux qui leur ont fait du mal. Et lorsqu'il y avait crime, la légende affirmait que l'âme de la victime  s'installait dans celle du bourreau jusqu'à le rendre fou et le faire périr... Superstition?"
Dans la nouvelle "Sur le cheval de l'aurore", il raconte une rencontre onirique avec les premiers hommes qui ont habité la Patagonie. Malgré tout,  cette ambiance de mystère est plus diffuse dans ce recueil que dans Cap Horn.
Avec beaucoup de poésie, Coloane nous transporte dans un univers riche, au style et à la narration très personnels, pour un dépaysement total, où la mer reste omniprésente :"La mer, possessive et violente quand on navigue sur ses eaux, nous apparaissait de si loin comme une irremplaçable compagne, une immense étendue paisible, dont la vue rassurait, éveillant un indéfinissable sentiment d'espérance." ("Terres d'oubli").
Dans "Cinq marins et un cercueil vert", j'ai également retenu dans ce texte le refrain du timonier, à apprendre par coeur avant de prendre la mer !
"Si da el verde con el verde
Y el colorado con su ignual
Entonces nada se pierde,
siga el rumbu cada cual"
"Si le vert répond au vert
Et le rouge à son semblable
Alors nul ne se perd
et chacun poursuit sa route"
Luis Sepulveda a écrit la très belle préface de ce recueil. Il rappelle que Francisco Coloane a proposé des textes atypiques qui ont bouleversé le paysage littéraire chilien, et que ce "conteur inclassable" est devenu le plus populaire de son pays.

Tennessee Williams, Un tramway...

(Publié le 4 Juin 2009)


Doux oiseau de jeunesse, 1959
Princess, star de cinéma dont la carrière périclite accompagne Chance, son jeune amant qui rêve de gloire et de cinéma, dans la ville de son enfance. Chance  espère y retrouver son premier amour mais l'accueil est particulièrement froid et hostile.

Un tramway nommé désir, 1947,10/18, 2003
A la Nouvelle Orléans, Blanche Dubois vient habiter chez sa soeur qui avait quitté la plantation familiale pour se marier avec Stanley Kowalsky. La cohabitation se révèle difficile car Blanche et Stanley éprouvent des sentiments ambigus.

La ménagerie de verre, 1945, 10/18, 2006, 310p.
A Saint Louis, Amanda, abandonnée par son mari est une mère possessive qui vit dans le regret de sa jeunesse. Elle est obsédée par l'idée de trouver un homme qui prendra soin de sa fille Laura, dont la santé physique et psychologique est très fragile. Elle fait supporter à son fils Tom le poids matériel et affectif de leur situation.

Dans plusieurs biographies sur internet, j'ai lu que Tennessee Williams s'est inspiré de sa propore famille pour écrire cette pièce, et notamment de sa soeur Rose.

Tennessee Williams continue à être régulièrement joué, mais à défaut de voir ses pièces sur scène pour le moment, j'avais envie d'en lire. J'ai lu ces trois pièces en anglais (éditions Penguin). En français, certaines sont publiées dans la collection "domaine étranger" des éditions 10/18.

Les personnages de Tennessee Williams sont profondément ancrés dans leur époque mais ils sont prisonniers du poids des convenances, des apparences, des non-dits. Ils apparaissent fragilisés, écartelés entre leurs désirs, leurs obligations, les contraintes du temps et la pression sociale. Ce sentiment de solitude et de frustration entraîne des réactions de colère et de révolte, pour Chance et Tom par exemple, mais il aboutit à une forme de folie pour Blanche et Laura.
Malgré tout, ces personnages s'efforcent de se raccrocher à quelque chose. Pour Princess, Blanche et Amanda, il s'agit de leurs souvenirs, car ces trois femmes d'âge mûr sont confrontées à la perte de leur jeunesse, de leur séduction et de leurs anciennes conquêtes.
Chance, Tom et Stanley tentent de préserver un espoir face à leur malaise : le cinéma et la gloire pour Chance, la vie de famille auprès de Stella pour Stanley, et pour Tom, la rupture avec sa  mère et sa soeur.
Mais dans chaque pièce, et par opposition, un personnage féminin incarne une forme de candeur. Malade, Laura se détourne de la réalité et se réfugie dans sa ménagerie de verre. Si Stella, assez naïve, s'en remet à Stanley, pour Heavenly la soumission à sa famille laisse apparaître une révolte.
Williams décortique leur psychologie, créant des ambiances très particulières, troublantes, parfois oppressantes.
Ces personnalités complexes, peuvent apparaître exaspérantes, mais, piégées dans des modèles qu'elles ne comprennent pas toujours, elles sont en proie à leurs propres contradictions ; et c'est pour cette raison qu'elles parviennent à nous toucher aussi facilement.
Le cinéma est omniprésent et j'ai beaucoup aimé le parallèle que Tom établit entre Hollywood et les spectateurs. 
" People go to the movies instead of moving ! Hollywood characters are supposed to have all the adventures for everybody in America, while everybody in America sits in a dark room and watches them have them ! Yes, until there's a war. That's when adventure becomes available to the masses ! Everyone's dish, not only Gable's! Then the people in the dark room come out of the dark room to have some adventure themselves- Goody, goody ! - It's our turn now, to go to th South Sea Islands - to make a safari - to be exotic, far-off! - But I'm not patient. I don't want to wait till then. I'm tired of the movies and I am about to move !"

J'ai trouvé très intéressant de lire ces trois pièces dans un même volume, mais s'il fallait en recommander une, je choisirais Un tramway, oeuvre emblématique de Tennessee Williams et qui reste sans doute la plus riche et la plus bouleversante.


Je tenterai sans doute la même expérience avec Une chatte sur un toit brûlant et Soudain l'été dernier.